décembre 2006

décembre 2006

La grande désillusion
Prix Nobel d'économie en 2001, ancien Conseiller économique de Clinton et ancien Vice Président de la Banque Mondiale Joseph Eugene Stiglitz sait de quoi il parle lorsqu'il parle de mondialisation. Après avoir publié en 2002 « La grande Désillusion » devenu un best seller, il récidive avec ce nouvel ouvrage la mondialisation sorti exclusivité en France , avant toutes les autres éditions mondiales. De fait, dans notre pays l'ultra libéralisme n'est pas précisément en odeur de sainteté et l'économiste américain amène de l'eau à notre moulin ! « Marqué par une concurrence acharnée, une immense incertitude et une forte instabilité, le monde n'est pas un lieu facile même dans les meilleures circonstances"et c'est "encore plus difficile" les pays pauvres. « Peut-être la mondialisation est-elle en train de créer des pays riches au peuple pauvre. »  Pourtant la mondialisation qui a émergé au début des années 90 était porteuse d'espoirs immenses mais en une décennie elle a réussi à fédérer les peuples contre elle . ...
Le monde va droit dans le mur au terme d'un sans appel : la mondialisation libérale fonctionne mal, ses règles du jeu sont au service des puissants, elle donne la priorité aux valeurs matérielles sur l'environnement et même sur la vie des gens, elle prive les pays pauvres de leur souveraineté, elle crée beaucoup de perdants, elle impose une américanisation du monde et surtout la façon dont elle est gérée est incompatible avec les principes de la démocratie. Car née sur l'idée qu'elle allait profiter à tous, la mondialisation ne sert aujourd'hui que les intérêts de petits groupes. La faute à qui ? Au « fanatisme des marchés » dénonce l'ancien conseiller de Bill Clinton, mais Dieu merci ajoute t'il une autre voie est possible.
Elle est possible bien sûr si l'on en a la volonté politique... in'y a pas une seule forme de capitalisme, une seule bonne façon de gérer l'économie, il existe d'autres formes d'économie de marché (comme celle de la Suède, où la croissance est restée vigoureuse) qui ont créé des sociétés tout à fait différentes de celle des États-Unis, avec de meilleurs systèmes de santé et d'éducation et moins d'inégalité.
Alors concrètement comment pourrait-on en arriver là ? En changeant d'objectifs : protéger l'environnement, rendre « morale » la gouvernance mondiale, réformer les institutions internationales et surtout, pour les pays dits riches comme pour les autres, réduire la dette publique, véritable frein à toute politique de développement mais aussi aider les pays à la traîne (et qui le sont de plus en plus), sous peine d'être rattrapés par le même schéma. Ce qui signifie dans le cadre des relations Nord/ Sud, substituer au concept du « libre échange « celui beaucoup plus révolutionnaire du « juste échange ». 
En un mot démocratiser la mondialisation, c'est-à-dire remettre l'homme au cœur de ses préoccupations, ce qui signifie aussi se préoccuper de son environnement. Car même si la situation climatique vire vers la catastrophe annoncée, l'auteur affirme que des objectifs positifs, et réalistes à court terme, sont envisageables et que la mondialisation est porteuse, aussi paradoxal que cela puisse paraître, de tous les espoirs pour y parvenir.
Ainsi pourrait-on en agissant sur les deux leviers de l'économie et de l'environnement  recentrer la mondialisation sur son véritable objectif : l'amélioration de la vie des individus.
*Un autre monde. Contre le fanatisme du marché. Joseph Stiglitz. Ed. Fayard, 452 pages.  22 euros.



« …Il y a toute à l'heure vingt cinq ans de malheur que t'es parti…. » mon vieux Georges !
Tu nous  nous a en effet quittés un triste jour d'automne 1981 nous léguant musiques et mots qui hantent nos mémoires et nos cœurs. Il est donc normal que ce soit avec des mots qu'il te soit rendu hommage. Tes  propres mots réunis dans un  amoureux dictionnaire dont au fil des entrées se découvre tout un univers, ton univers : amours et  passions :  musique,  littérature,  art,  amitiés, chansons, et tant d'autres…Autant de facettes innombrables et attachantes de Brassens, homme et poète.
Mille Brassens pour un Brassens que Chloé Radiguet, l'auteure de cet album donne à voir ou revoir pour les  faire cohabiter avec une infinie tendresse qui n'exclut pas l'humour et la  lucidité. Entre anecdotes méconnues tirées de la biographie de l'homme et histoire de ses chansons s'esquisse un Brassens parfois méconnu attachant et souvent surprenant que l'on a plaisir à découvrir ou redécouvrir.
*Brassens... à la lettre.  Chloé Radiguet. Préface de Georges Moustaki. Ed. Denoel. 240 pages. 73 photos. 25 euros.

sculpteuret , prisonnier de l'Inquisition
Tout le monde connaît peu ou prou André Turcat. Officier pilote dans l'Armée de l'air, figure emblématique des pilotes d'essais français, titulaire de records du monde, puis directeur des essais en vol de Concorde. Ce que l'on sait moins c'est que l'homme est aussi docteur es lettres (Histoire de l'art) et a enseigné l'histoire de l'art chrétien pendant une décennie. C'est sous cette dernière casquette qu'il parcouru l'Espagne sur les traces d'un sculpteur de la Renaissance d'origine orléanaise Esteban Jamete, condamné par l'Inquisition espagnole en 1557. Un personnage curieux : artiste et sculpteur certes mais aussi buveur et violent, blasphémateur sous la colère. André Turcat s'est donc penché sur le cas de l'artiste revisitant son procès lors de l'Inquisition, sans doute le seul grand procès intenté à un artiste de cette classe dont l'interrogatoire lui a fourni le fil conducteur pour reconstituer l'itinéraire et la piste des oeuvres, inconnues ou connues, du moins jusqu'à l'arrestation. Etonnant témoignage fidèlement restitué repris par un André Turcat visiblement fasciné par son personnage !

*Moi, Etienne Jamet, sculpteur, prisonnier de l'Inquisition. André Turcat. Ed. De Fallois. 165  Pages.  20 euros.

Enfants des champs….
 Pas de nostalgie dans ce joli album qui met en scène avec de superbes photos les « Enfants de nos campagnes »  du début du XXème siècle aux années 1950. Une enfance dans tous ses états : à l'école, avec leurs parents, à l'église, partageant les travaux de la ferme , ou avec leurs copains… Jours de fête, premières amours…autant d'instantanés de vies saisies dans le cadre d'un monde rural et agricole qui n'est plus…mais que les auteurs n'ont pas souhaité pour autant idéaliser sous une forme de nostalgie larmoyante. Dans ce un joli  livre  c'est au contraire la vie même qui transparaît toute en ombre et lumière au détour de photos sépias qui nous proposent un regard neuf sur l'enfance d'hier, l'enfance de toujours qui jamais ne dit son dernier mot. De très belles images fidèles dans l'esprit à celles tendrement mises en scène par Doisneau dans les villes. Enfants des villes, enfants des champs… l'enfance est un pays dont nous demeurons tous les citoyens épris….Car :  »On est de son enfance comme on est d'un pays » disait si justement Saint Exupéry.

*Enfants de nos campagnes. Album Terres de France. Préface de Marie-Paule Armand.182 pages. 35 euros.

la vérité toute crue

Découvert pas le grand public au cours d'Apostrophes en 1977 où son accent bourguignon et sa façon de parler avaient fait merveille Henri Vincenot avait une vie bien avant l'émission ! Penseur passionné et artiste prolifique - écrivain mais aussi, peintre, sculpteur et homme de théâtre-, Vincenot était un homme drôle, amateur de plaisanteries et anecdotes savoureuses. "La vie toute crue est une billebaude permanente", écrivait-il dans ses carnets intimes. Et sa vie même est une illustration de cette phrase. Entouré de personnages hauts en couleur, des membres de sa famille, des originaux de rencontre et de sa femme, Andrée, dont la présence fut capitale, il ne s'est pas contenté de dépeindre la Bourgogne paysanne et artisane du début du XXème siècle, mais a billebaudé à Paris, en Bretagne et au Maroc. Sa fille, Claudine Vincenot, vient de lui rendre un émouvant hommage en mettant  en perspective la vie et l'œuvre d'Henri Vincenot.  En possession de tous les écrits de son père, elle relate  avec un réel talent de conteuse, l'existence de celui-ci, en se fondant, pour l'enfance et la jeunesse, sur les histoires que lui ont confiées pour chanter, en une langue qui coule, la vérité d'un homme mais aussi une réflexion captivante sur les sources de la création artistique. L'occasion de (re)découvrir l'auteur de « La Billebaude », s'est vendu après le passage de Vincenot à Apostrophes à près d'un million d'exemplaires.


*Henri Vincenot, la vérité toute crue. Claudine Vincenot. Ed. Anne-Carrière. 685 pages. 24 €.





18/03/2009
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