mars 2010




La contre-histoire souterraine des États-Unis


Événement! James Ellroy est de retour avec le troisième tome de sa trilogie commencée par "American Tabloïd" (1995) suivi d'American Death Trip" (2001). Au cœur de ce triptyque, trois assassinats : JFK, son frère Bobby, et Martin Luther King, trois complots autour de trois instances: FBI, CIA, et Mafia, et trois figures tutélaires: John Edgar Hoover, Howard Hugues, et Richard Nixon au cœur des réseaux criminels et mafieux de la vie politique américaine de l'époque.

Avec "Underworld USA" James Ellroy dissèque la période 1968-1972 qui se termine avec le Watergate. Les hommes de l'ombre déstabilisent toute opposition à la droite républicaine jusqu'au fameux sabotage de la Convention Démocrate et l'élection sans surprise de Nixon. Complots, corruption, manipulations, crimes, haine raciale sont les ressorts ordinaires d'une Amérique qui perd son âme. Au centre du livre l'immuable loi du profit, la suprématie d'une droite dure et blanche et surtout la mafia et ses liens avec Nixon et la complicité du FBI dont le chef, Hoover, déploie ses réseaux aux quatre coins du monde.

Un spectaculaire braquage de fourgon blindé dont l'énigme ne sera jamais éclaircie et un meurtrier particulièrement tordu, forment le point de départ de ce vaste roman noir écartelé entre crime et lutte des classes et des minorités.

Le reste? Difficile à résumer tant Ellroy est passé maître dans l'art de multiplier intrigues et accumulation délirante des faits avec un seul credo: « ...La véracité pure des textes sacrés et un contenu du niveau des feuilles à scandale... ». Son narrateur choisit de rester dans l'ombre: il a "suivi des gens, posé des micros et mis des téléphones sur écoute", et fondé son récit sur "des documents publics détournés, des journaux intimes dérobés, la somme de mon expérience personnelle et quarante années d'études approfondies".

Croisant ainsi réel et fiction l'Histoire devient roman policier pour dévoiler au lecteur complots, secrets d'État et de familles mafieuses. Le destin des États-Unis? Il se joue dans les égouts. Son Histoire? Un roman noir, la "part d'ombre" de la société américaine. Un roman au style singulièrement épuré: phrases courtes, simples, télégraphiques, dialogues brefs, enchainés à un rythme d'enfer, points de vue multiples. Les intrigues se croisent, se chevauchent et se heurtent, les personnages fictifs et réels, leurs langages sont inextricablement mêlés: flics, latinos, militants noirs, membres du Klan... Ellroy veut tout montrer, tout dire, tout dévoiler égarant son lecteur sous une avalanche de repères, de noms, de situations réelles ou fantasmées par l'auteur. Un lecteur vertigineusement égaré dans un exercice de haute voltige littéraire et historique, insidieusement bousculé par cette écriture violente au service d'une course poursuite haletante et machiavélique contre le temps et la mort. Il lui faut s'accrocher, retenir les noms, les liens qui les unissent.

Et surtout tenir le coup au long des huit cents pages frénétiques du roman, heureusement soutenu par la main secourable d'Ellroy au milieu d'un chaos qui l'aspire irrésistiblement jusqu'au dénouement. Avec en compensation le plaisir de la compréhension, l'harmonie désirée dans ce meccano inspiré répercutant chaque événement en tous points d'un récit cohérent qui finira par tout englober et tout expliquer.

Le lecteur ferme le livre, vidé, mais heureux d'avoir vécu une expérience littéraire singulière, doublée d'une révélation: celle de la découverte des misérables secrets d'une certaine Amérique et de ses motivations profondes: argent, sexe et pouvoir. Une secrète célébration des noces monstrueuses du crime et de la politique.

*UNDERWORLD USA. James Ellroy. Ed. Rivages, "Thriller", 842 pages. 24,50 €.

BIOGRAPHIE

Né en 1948, James Ellroy a raconté l'essentiel de son existence dans Ma part d'ombre, son autobiographie parue en 1996. L'assassinat de sa mère, quand il n'a que dix ans, bouleverse sa vie. Il est sauvé de l'alcool et de la drogue par l'écriture, en 1981, de son premier polar, Brown's Requiem. La célébrité vient plus tard avec Le Dahlia noir, en 1987, inspiré du meurtre d'Elizabeth Short, starlette des années 1940. Los Angeles est le terreau de son oeuvre qui arrive à son sommet aujourd'hui avec l'achèvement de sa trilogie historique et noire.


BIBLIOGRAPHIE :

Brown's Requiem (1981)

Clandestin (1982)

Un Tueur sur la route (1986)

Trilogie Lloyd Hopkins :

Lune sanglante (1984)

A cause de la nuit (1984)

La colline aux suicidés (1986)

Quatuor de Los Angeles :

Le Dahlia Noir (1987)

Le Grand Nulle part (1988)

LA Confidential (1990)

White Jazz (1992)

Trilogie Underworld USA :

American Tabloid (1995)

American Death Trip (2001)

Underworld USA (2010)

 

"Underworld USA" et tous les romans de James Ellroy sont édités chez RIVAGES

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Une descente aux enfers de l'âme humaine...

Un premier roman-coup de poing asséné par un certain David Vann qui, entre autobiographie et fiction, a écrit une histoire en apparence simple, basculant crescendo vers un intenable suspense.

Son cadre est une île sauvage du sud-est de l'Alaska accessible uniquement par bateau ou par hydravion. C'est là que Jim, un père fragile, aux prises avec ses échecs personnels, propose à Roy, son fils de treize ans de vivre dans une cabane isolée, une année durant, pour prendre un nouveau départ et apprendre à mieux se connaître l'un, l'autre.

Las! La rigueur de cette vie et les défaillances d'un père dépressif révèlent très vite une incompréhension mutuelle. Roy devra endosser le rôle du père et les tensions vont s'accumuler jusqu'à rendre la situation incontrôlable précipitant le séjour idyllique aux enfers.

L'accumulation de détails et incidents apparemment anodins ne laisse cependant en rien présager de l'horreur de la seconde partie qui bascule très exactement à la page 113, avec un drame imprévisible et violent qui scellera le destin du fils et de son père.

Avec une grande virtuosité David Vann signe un texte dense et efficace, aux émotions complexes, en forme de métaphore cruelle des rapports névrotiques filiaux, une plongée inspirée et hallucinante aux tréfonds de l'âme humaine.

*Sukkwan Island. David Vann. Ed. Gallmeister. 200 pages . 21.70 euros

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Lauréat du Grace Paley Prize et du California Book Award.

Sélectionné parmi les meilleurs livres de l'année 2008 par le New York Times et le San Francisco Chronicle et parmi les meilleurs livres de l'automne 2009 par le Sunday Times en Grande-Bretagne.


BIBLIOGRAPHIE:

DAVID VANN est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d'un catamaran avec lequel il s'apprête a` effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island est son premier roman traduit en français.

EXTRAIT:

"C'est quoi, ton rêve?
Roy réfléchissait et ne trouvait rien à répondre. Il avait l'impression qu'il était seulement en train d'essayer de survivre au rêve de son père. Mais il finit par dire : Un grand bateau avec lequel je pourrais aller jusqu'à Hawaï et peut-être faire le tour du monde."
Ah, dit son père. C'est un bon rêve.
Et toi?
Et moi. Et moi. Il y en a tellement. Un bon mariage, je crois, et ne pas avoir rompu mes deux précédents, et ne pas être devenu dentiste, et ne pas avoir le fisc à mes trousses, et puis, après tout ça, peut-être un fils comme toi et un grand bateau.
Il serra Roy dans ses bras, ce qui le prit totalement au dépourvu. Roy se sentait gêné quand il le lâcha enfin. Il savait que son père allait se mettre à pleurer."

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Un roman vachard!

Andreï Kurkov est, l'un des écrivains russophones les plus traduits dans le monde grâce à ses fables animalières tendres et ironiques mettant en scène des animaux singuliers.

Après Le Pingouin, Les pingouins n'ont jamais froid, puis Le Caméléon, son quatrième roman Laitier de nuit met en scène un chat qui ressuscitera à trois reprises au milieu d'une truculente sarabande d'une dizaine de personnages grotesques et attachants. Le meurtre d'un pharmacien du centre ville auteur d'une boisson anti-frousse déclenche des événements imprévus, impliquant un agent de sécurité somnambule, un vigile amoureux, un douanier mal à l'aise, un psychiatre convaincu que ses pairs devraient diriger le monde, un député rêvant d'éternelle jeunesse, une femme participant à une collecte de lait maternel, une organisation secrète manipulant les braves gens...

Autour d'eux s'agite tout un petit monde attachant avec ses mystères, ses joies simples, aux prises avec les trafics et corruptions en tous genres sans compter les meurtres, cambriolages, viols et accidents... Autant d'histoires qui s'enchaînent, s'enchevêtrent, se croisent et s'enrichissent formant la trame de ce roman tragicomique et celle d'une Ukraine corrompue et déboussolée renaissant difficilement de sa Révolution orange.

Avec un style fluide et des chapitres courts Kurkov imprime un tempo d'enfer à une satire sociale touffue mêlant avec tendresse drame et humour. Sous le signe d'un réalisme social âpre et d'une fantaisie pétillante, il réussit un savoureux et détonnant cocktail à la manière de Gogol, son compatriote.

* Laitier de nuit. Andreï Kourkov. Ed. Liana-Levi. 432 p. 22 euros.

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BIOGRAPHIE :

Né à Saint-Pétersbourg en 1961, Andreï Kourkov vit à Kiev, où il préside l'Union des écrivains ukrainiens.

Enrôlé en tant que gardien de prison à Odessa durant son service militaire, il en profite pour écrire des contes pour enfants.

Scénariste, polyglotte (il parle neuf langues !), il est l'un des chefs de file de la jeune littérature de langue russe.

Il publie son premier roman en parfait inconnu, empruntant de l'argent, achetant lui-même le papier, assurant la diffusion et faisant sa propre publicité dans le bus !

C'est en 1991 que son premier roman paraît à Kiev, deux semaines avant la chute du communisme. En 1993, 'Le monde de Bickford' est nominé à Moscou pour le Booker Prize et l'année suivante 'La chanson préférée d'un cosmopolite' gagne le prix de la compétition Heinrich Böll. C'est son roman 'Le pingouin', paru en France en 2000, qui lui apporte le succès, confirmé par 'Le caméléon', 'L'ami du défunt', puis 'Les pingouins n'ont jamais froid' et enfin Le dernier Amour du Président.

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On tente le coup?


Près de 20 ans après Le Vieux qui lisait des romans d'amour, Luis Sepulveda revient avec un roman attachant, une réflexion tendre et drôle sur le sens de l'action. Entre polar déjanté et fable politique, il s'interroge : qu'avons-nous fait de nos idéaux de jeunesse? Et de nous-mêmes ?

Trente-cinq ans après le coup d'État de Pinochet il met en scène trois sympathiques sexagénaires, ex-militants de gauche, qui ont connu la défaite et l'exil. Ils partagent leurs souvenirs et célèbrent leurs morts autour de quelques anémiques poulets industriels en ce Chili contemporain fort éloigné de celui qu'ils avaient rêvé. Les idéologies? Mortes, les perspectives du Grand Soir ? Évaporées.

Que faire dans ce nouveau Chili? Dénoncer le mensonge et la négation des fautes commises et surtout rappeler que l'union est la base de toute force. Alors il faut tenter une fois encore de retrouver sa dignité et peut-être, sa jeunesse. Pour cela ils attendent le « Spécialiste », anarcho-syndicaliste-gentilhomme qui s'est opposé avec intransigeance à la dictature. Ils l'attendent comme d'autres attendent Godot, pour monter une mystérieuse action révolutionnaire...

Las! Le spécialiste ne viendra pas, en venant au rendez-vous il est tué de façon grotesque, victime d'un absurde destin sous la forme d'un tourne-disque jeté par une fenêtre au cours d'une dispute conjugale. Tout le plan tombe à l'eau jusqu'au moment où resurgit dans la mémoire des complices l'expression favorite du Spécialiste : On tente le coup?

Et c'est ainsi qu'avec un humour teinté d'une tendresse subversive Sepulveda revisite l'Histoire pour nous faire partager la vision et les émotions des perdants. Naviguant avec jubilation entre les époques, les souvenirs, les acteurs il jongle de métaphores improbables en situations burlesques, mêlant rebondissements loufoques et dialogues absurdes et truculents en un savant mélange de poésie d'où émergent des vérités oubliées. Celles de ces ombres de l'Histoire, qui traînent avec eux le désespoir des vaincus, évoquant leurs échecs avec humour, prodiguant au passage, une intelligente leçon de résistance et de courage empreinte d'une subtile et poignante nostalgie.

* L'ombre de ce que nous avons été. Ed. Métailié. 149 pages. 17 euros.

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BIOGRAPHIE

Luis Sepulveda est un auteur de romans et de nouvelles sud-américain. Ancien militant de l'U.I.P. (Unité populaire, proche des jeunesses communistes), il a été condamné à vingt-huit ans de prison en 1975 par un tribunal militaire chilien pour trahison et conspiration sous Augusto Pinochet. Après 2 ans et demi d'emprisonnement, et avec le soutien d'Amnesty International, sa peine avait été commuée et il avait pu exiler. Il a vécu et voyagé en Amérique du Sud et en Europe, avant de s'installer dans les Asturies en Espagne.


Bibliographie
L'Ombre de ce que nous avons été, éd. Métailié, 2010
La Lampe d'Aladino, éd. Métailié, 2009
Une sale histoire, éd. Métailié, 2005
La Folie de Pinochet, éd. Métailié, 2003

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Écrire pour vivre...

Militant politique, membre des tupamaros, Carlos Liscano fut arrêté, torturé, emprisonné par le régime militaire uruguayen en 1972. C'est en prison que l'écrivain Carlos Liscano est né en découvrant Buzzati qui lui donna l'envie d'écrire pour survivre. Fictions et description de la torture, dépendance, douleur, solitude... ses textes formeront la matière de plusieurs livres, notamment le remarquable Le Fourgon des fous (dont nous avions rendu compte ici).

La littérature l'a sauvé, mais la création littéraire disparut avec la liberté retrouvée. Confronté à la quête éperdue de ces mots qui soudain lui échappent, soumis à une exigence d'absolu qui le paralyse, il s'interroge dans un remarquable essai autobiographique: «L'Écrivain et l'autre».

Que faire lorsque littérature et vie ne font qu'un et que l'impossibilité d'écrire devient une impossibilité de vivre? Carlos Liscano choisit de s'en remettre à l'observation de l'instant, à une lucidité féroce entre pensées nocturnes et souvenirs. Résistant par nature, il refuse par avance le confort du succès et prenant gravement le lecteur à témoin, l'invite à partager cette recherche exigeante et émouvante de cet "autre" lui-même en quête d'une harmonie entre l'homme et l'auteur.

*L'Écrivain et l'autre. Carlos Liscano. Ed. Belfond. 204 pages. 17 euros.


Biographie:

Figure de proue de la littérature uruguayenne, Carlos Liscano est né à Montevideo en 1949. Condamné par le régime militaire, il passe treize années en prison. Libéré en 1985, il s'exile en Suède.

Depuis 1996, il vit entre Montevideo et Barcelone. Liscano a commencé à écrire en prison : romans, nouvelles, récits, poésie, théâtre (ses pièces sont jouées en France). Il  parle pour définir son travail de « littérature de la pauvreté » ; son style laconique et dépouillé n'en est pas moins profondément poétique. Une œuvre fortement influencée par ses deux maîtres, Kafka et Céline.

Bibliographie sélective
L'Écrivain et l'autre, éd. Belfond, 2010
Souvenirs de la guerre récente, éd. Belfond, 2007
L'Impunité des bourreaux, éd. Bourin, 2007
La Route d'Ithaque, éd. Belfond, 2006
Le Fourgon des fous, éd. Belfond, 2006

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Les âmes sœurs...


Les âmes sœurs, deuxième roman de Valérie Zenatti est un joli récit sur l'éveil à la liberté d'une femme et mère trop sage, qui se découvre soudain grâce à la lecture d'un livre écrit par une autre femme.

Emmanuelle, jongle entre son boulot et ses trois enfants. Elle découvre le livre de la jeune photographe Lila, empreinte de la mémoire juive douloureuse de sa famille. Meurtrie par la disparition soudaine de son amant elle délaisse l'appareil photo qui la suivait aux quatre coins d'une planète exsangue, pour se reconstruire sans se renier. Son choix de vie interpelle Emmanuelle, prête à tout plaquer pour terminer son livre en paix. Les trajectoires des deux femmes s'imbriquent dans le réveil d'un passé soigneusement enfoui, un récit à deux voix dissemblantes mais résonnantes d'une même attente, devenant par mise en abîme et jeu de miroir, celui de deux "âmes sœurs" unies dans une même compassion pour une humanité douloureuse.

Au fil des pages Valérie Zenatti évoque avec une justesse et délicatesse, grâce à une écriture vive et subtile, le sentiment amoureux, l'amitié, le deuil ou l'empathie. Une jolie ode à la la littérature qui émerveille soudain le quotidien de ses lecteurs.

*Les âmes sœurs. Valérie Zenatti. Ed. de L'Olivier, 180 pages.16,50 euros.


Bibliographie :

Romans :
- En retard pour la guerre (Edition de l'Olivier, 2006)

Romans jeunesse :
- Une bouteille dans la mer de Gaza (Ecole Des Loisirs, 2005)
- Jonas, poulet libre (Ecole Des Loisirs, 2004)
- Demain la révolution (Ecole Des Loisirs, 2004)
- Quand j'étais soldate (Ecole Des Loisirs, 2002)
- Le secret de Miicha (Ecole Des Loisirs, 2002)
- Fais pas le clown , papa ! (Ecole Des Loisirs, 2001)
- Koloïsh mielnick s'en va en guerre (Ecole Des Loisirs, 2000)
- Une montre pour grandir (Ecole Des Loisirs, 1999)
- Une addition, des complications (Ecole Des Loisirs,1999)

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Redécouvrir Jean Carrière.

Jean Carrière est connu du grand public par L'Épervier de Maheux, Goncourt 1972, à l'origine d'un malentendu. Pressenti comme un héritier de Ramuz, Bosco et de Jean Giono, il fut trop rapidement classé comme écrivain régionaliste alors qu'il fut avant tout peintre du temps qui passe, de la solitude, de l'abandon de la blessure de l'exil...

Cinq ans après sa disparition, un premier volume de ses romans et deux essais autobiographiques permet de le redécouvrir. Écartelé entre ses amours inconciliables pour la terre des Cévennes et New York, Jean Carrière vivait dans l'alternance de ces extrêmes son goût de la solitude. Une solitude dans un monde sans Dieu, en recherche de la vraie vie, tel le personnage principal de L'Epervier de Maheux, errant, un ciel vide au dessus de la tête menant sa guerre contre une terre aride, sans autre issue que la mort...

*L'Âme de l'Épervier. Jean Carrière. Ed. Omnibus. 1056 pages. 26 euros.

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Né en 1928, disciple de Jean Giono, Jean Carrière est lauréat du Goncourt 1972 pour L'Épervier de Maheux, paru chez Jean-Jacques Pauvert. S'en suivent un triomphe et un malentendu : « Le pire, écrira-t-il plus tard dans Le Prix d'un Goncourt, c'était d'être propulsé, par la faute de ce succès excessif et brutal, dans une catégorie d'écrivains qui n'était pas la mienne. » Salué par la critique, le roman a emporté l'adhésion d'un large public. Cette chronique tragique et splendide d'une famille cévenole sonnait-elle la naissance d'un écrivain métaphysique ou la fin du roman régionaliste ? On a souvent confondu le nom de l'auteur avec celui d'un prix. Et son œuvre, romanesque et critique, a été occultée par le grand livre qui lui avait apporté le succès. à propos de Jean Carrière, disparu en 2005, Julien Gracq écrit : « La vraie littérature ne trouve plus guère de combattant aussi fougueux et aussi complètement engagé en elle.»

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Camus revisité...

La commémoration le 4 janvier 2010 de la mort d'Albert Camus, a donné lieu à la publication de nombreux ouvrages. Parmi ceux-ci ce remarquable dictionnaire de la collection Bouquins, auquel ont participé plus de 65 spécialistes de l'écrivain et de son œuvre. Mille pages, 539 entrées, annexes, repères biographiques, bibliographie et filmographie restituent fidèlement l'univers de Camus. Les articles renvoient à d'autres articles, incitant le lecteur tracer son propre parcours dans sa vie et son œuvre. Des entrées définissent son rapport avec les auteurs qui fondent sa pensée philosophique et son esthétique littéraire.

Dans le panthéon de Camus les écrivains occupent plus de place que les «philosophes», signe révélateur de son attachement à une pensée incarnée dans l'art ou la littérature. La pluralité des discours et des approches de ce dictionnaire permet de revisiter et d'approfondir la pensée et l'histoire peu commune de cet homme révolté, écartelé entre ses passions et ses combats pour la justice, et bien trop tôt disparu.

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*Dictionnaire Albert Camus .Sous la direction de Jean Yves Guérin. Ed. Robert Laffont. 976 pages. 30€.

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Gainsbourg etc...

Derrière Gainsbarre, Gainsbourg-l'auteur, auquel Yves-Ferdinand Bouvier et Serge Vincendet ont voulu rendre hommage en rassemblant les quelques 636 textes qui constituent son œuvre musicale. Une œuvre poétique et littéraire en recherche constante de l'esthétisme, savant mélange d'humour noir, de cynisme, toute en choix des mots, allitérations, calembours, paradoxes, oxymores, mots-valises, termes à double ou triple sens...La subtilité du langage et la rigueur dans la versification surprennent davantage encore à la lecture qu'à l'écoute. Attentif aux modes et goûts musicaux successifs, Gainsbourg refusait la facilité de l'adaptation mécanique pour expérimenter des habillages sonores nouveaux. Des premières chansons des années 1950, aux grands succès des années 1970-1980, des brouillons de travail aux spots publicitaires, des génériques de films aux grands classiques ... chaque texte est présenté avec sa discographie, complété de notes de contexte révélant le perfectionnisme de l'artiste aux secrètes blessures

*Serge Gainsbourg. L'intégrale et cætera. Les paroles 1950-1991. . Ed. Omnia. 970 pages. 19 eur

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L'essentiel sur deux religions...

Dans un monde d'inculture religieuse il n'était pas inutile d'en clarifier simplement l'histoire et les enjeux les plus complexes. Tel est précisément l'objectif de deux ouvrages de spécialistes relatant l'histoire du catholicisme et de l'islam. L'histoire du catholicisme revient sur deux mille ans d'une histoire souvent réduite à quelques dates éparses et à quelques images, sanglantes ou suaves, bien qu'intimement mêlée à notre passé. L'histoire de l'islam s'appuie sur le socle sur lequel les évolutions doctrinales successives se sont greffées, et replace les courants de l'islam contemporain dans leur histoire faite de tensions entre réformisme et tradition. Ni apologies ni réquisitoires ces deux synthèses remarquables des connaissances et des doctrines de chaque religion présentent un exposé clair et équilibré, permettant au lecteur de parfaire sa compréhension sur des sujets essentiels d'une brulante et quotidienne actualité.

* Histoire du catholicisme. Jean Pierre Moisset. Ed Champs Flammarion. 620 pages. 12 euros.

** Histoire de l'islam. Sabrina Mervin. Ed. Champs Flammarion. 330 pages. 10 euros.

pdf mars 2010



20/02/2010
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