Novembre 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prix littéraires: Emmanuel Carrère victime de son héros?

 

Les jurés des deux prix littéraires français les plus prestigieux ont privilégié deux romans ancrés dans l'histoire contemporaine: le Goncourt a été attribué à Alexis Jenni pour "L'art français de la guerre", premier roman et éblouissante fresque autour de nos guerres coloniales et le Renaudot sacrant Emmanuel Carrère pour "Limonov" , talentueuse mise en perspective historique des relations Est/Ouest autour d'un homme dont la personnalité sulfureuse a indubitablement dissuadé le jury du Goncourt de décerner son prix à Emmanuel Carrère, tout en reconnaissant qu'il l'aurait amplement mérité!

 

 

 

 

« C’est bizarre, quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi ? »

 

Bizarre en effet de vouloir écrire un livre sur Limonov,un homme propre à faire fuir un lecteur néanmoins fasciné par cette biographie romancée, essai historique et roman flamboyant sur le destin d'un auteur à la personnalité excessive, insaisissable et contradictoire. Héros ou ordure Limonov? Carrère fasciné par l'homme se refuse à trancher. Tour à tour voyou marginal, écrivain punk, vagabond, puis politicien respecté par les démocrates russes et sujet d'inquiétude pour l'Occident en raison de ses frasques et de son nationalisme outrancier, voire, fascisant, son destin est, à lui seul, une métaphore historique des relations Est/Ouest depuis la Guerre froide et le constat amer de notre myopie occidentale sur la Russie, rendant particulièrement passionnante cette détonnante biographie, qui est aussi en creux, celle de son auteur...

 

 

Une vie de merde?

 

Limonov a t'il eu une « vie de merde » comme il le dit lui-même ? D'abord loubard, poète, clodo, majordome,il a traversé l'underground new yorkais, l'intelligentsia soviétique, le petit cercle de L'Idiot International à  Paris, en publiant, à raison d'un livre par an, sa propre vie, débitée en tranches en un style direct et explosif, un mélange détonnant de « ressentiment, envie, haine de classe, fantasmes sadiques ». Mais écrire n’ayant jamais été pour lui qu'un moyen accessible d'accéder à la richesse et la célébrité Limonov se fera guerrier en Serbie, ami personnel de Radic et Milosevic, avant de finir en politicien, chef d'un parti "rouge-brun" dans la Russie de l'après-communisme, ce qui le conduira directement à la case prison. Un choix délibéré: ne plus écrire des histoires mais en être le héros et devenir, dans le bruit et la fureur, un acteur de l'Histoire, idéalement l'Ulysse d'un mythe peuplé de monstres et de beautés.

 

Limonov c'est moi....

 

Fasciné de longue date par le personnage Carrère le rencontre et se confronte à ses propres interrogations et aspirations secrètes, admirant notamment, la fidélité de Limonov à ses engagements d'enfance et sa façon héroïque de vivre sa vie et son destin. Un héros doté d'une vitalité contagieuse qui irrigue le livre où s'expriment, mêlés au récit de la vie de son héros, son regard sur l'histoire contemporaine, ses doutes et ses regrets.

Limonov représente il est vrai une opportune métaphore historique de l'ex-URSS puis de la Russie contemporaine saisie entre capitalisme mafieux, anarchie prédatrice, autoritarisme cynique et résignation sous les yeux réprobateurs d'un Occident déclinant où triomphent: «... le scepticisme, l'ironie...les esprits subtils....et le relativisme moral... «. Porte parole de ceux qui n'ont plus rien et qui vivent écartelés entre "le Popov ordinaire" et "l'enculé qui ne pense qu'au fric", Limonov stigmatise les mensonges de Poutine et l'hypocrisie d'une Europe en crise profonde, « poursuivant le Bien avec tous le moyens du Mal ». Se définissant comme : « un homme naïf, un saint, un homme honnête...Il éprouve un malin plaisir à revenir chez les Français comme un héros de mythe, car l'écrivain Limonov a été rejeté par la France ». Et accueillant avec une indifférence flattée le succès du livre d'Emmanuel Carrère, il publie sur son blog l'intégralité du texte du livre qu'il lui a consacré!

 

L'écrivain n'écrit plus guère, et l'homme devrait remercier son biographe de l'inscrire durablement dans le temps avec cette réflexion inspirée qui, dépassant son anachronique destin, offre une méditation inspirée sur la condition humaine aux prises avec les fracas de l'Histoire où s'observent et se côtoient, sans se comprendre, nos civilisations.

 

** LIMONOV. Emmanuel Carrère, Ed. POL, 496 p., 20 €

 

 

 

 

 

 

  

Limonov renonce à sa nationalité française

Publié le 21 novembre 2011 par vt, avec afp

(Photo : Edouard Limonov)

L'opposant et écrivain russe, fondateur d'un parti national-bolchévique, ultra-nationaliste et néo-stalinien veut se présenter à l'élection présidentielle de mars 2012 en Russie.

 

 //www.livreshebdo.fr/les-gens/actualites/limonov-renonce-a-sa-nationalite-francaise/7662.aspx

 

 

Plus dure sera la chute !

 

On s’en doutait un peu…Il n’est pas bien certain que la vie commence à soixante ans comme le chantait d’aucun...Aux  Etats-Unis ou en France les écrivains contemporains dressent un bien triste tableau des seniors, les faisant vaciller dangereusement devant de crépusculaires abimes, les prémices  redoutables et redoutés, annonciateurs du commencement de la fin ?

 

Eros et Thanatos: une tragie-comédie d’un vain combat…

 

Comme chaque année à même époque, le Roth nouveau est arrivé ! Question de survie : Roth confesse volontiers qu’après avoir terminé un roman, il doit aussitôt se remettre à l’ouvrage pour conjurer ses angoisses…Certes il écrit dans la douleur : « chacun de mes livres est un calvaire… », mais il n’a guère le choix, la fiction étant, à son sens, « le seul lieu adéquat pour absolument tout, le non-dit comme les choses dites ». ”. Après la publication de romans majeurs et l’arrêt de la série des "Zuckerman" (avec Exit le fantôme- 2007), Roth se consacre désormais à l’écriture de romans brefs hantés par la maladie et la mort. « Le rabaissement », son trentième et bref  roman, s’inscrit dans le cycle dit « Nemesis » , où s’affrontent Eros et Thanatos, avec le sexe comme  possible et illusoire conjuration au néant qui s’approche. Le livre a été accueilli diversement par la presse et certains milieux littéraires anglo-saxons : « Roth tourne en rond et ne fait que se répandre sur le même sujet dans chacun de ses livres." Dès lors la question se pose : Roth aurait-t-il donc perdu sa magie comme son héros du  Rabaissement ? Ou bien a-t-il signé une éblouissante tragi-comédie en trois actes d’inspiration très tchekhovienne, sur l'échec d'une fin de vie et la fascination du suicide ?   

 

Premier acte : Son héros, un grand acteur new-yorkais, Simon Axler, 65 ans, est soudainement saisi d’une incapacité à jouer un rôle, à l'habiter, à "jouer juste"  Une véritable humiliation  (titre français initialement choisi pour le livre), pour l’acteur qui, éreinté par la critique, abandonné par sa femme et physiquement affaibli, vit retiré dans sa maison des Berkshire. Harcelé par son agent qui le supplie de "retourner sur le ring », il mange à peine, ne dort plus, et se focalise sur le suicide envisagé comme : « le rôle que vous écrivez pour vous-même », et bientôt pensionnaire d’un hôpital psychiatrique s’y  passionnera pour le récit des suicides ratés des malades.

 

Deuxième acte : Simon sort de l’hôpital et rencontre Pegeen, de 25 ans sa cadette. Fille d’amis de jeunesse, ex comédiens sans grand talent, Pegeen lesbienne à l’énergie sexuelle débordante a décidé après sa rupture avec sa compagne Priscilla, (qui a changé de sexe), de se transformer en hétérosexuelle. Elle confie à Simon, depuis peu son amant, le soin de cette métamorphose. Se développe alors une relation hors normes défiant l'ordre social établi en raison de leur grande différence d'âge et de leur orientation sexuelle divergente. Une situation qui les ravit tous deux, et spécialement Simon et son goût immodéré du jeu : «….la bizarrerie était ce qui rendait la situation si excitante. En même temps, la terreur était toujours là, terreur de se retrouver comme avant : un homme fini. » lui procurant en outre, une occasion inespérée de revenir au théâtre. Car sur cette nouvelle scène de théâtre très privée, Axler redevient acteur virtuose et metteur en scène inspiré, endossant avec un plaisir non dissimulé le rôle d’un Pygmalion supervisant la transformation d’une lesbienne meurtrie, "fille-garçon" et "enfant-adulte », en femme désirante et désirable bientôt pourvue par ses soins de robes, talons hauts, maquillage, bijoux, nouvelle coiffure…

 

Troisième acte : exit l’illusion théâtrale de Simon : Pegee-Galatée, avant tout fidèle à son père possessif échappe à un Pygmalion désespéré qui se perd dans la peur de la perdre, conscient d’avoir joué la dernière scène de sa vie. Il ne lui reste dès lors qu’à jouer l’ultime rôle qui signera sa sortie définitive de la scène : son suicide, qu’il  choisira d’interpréter à la manière de Konstantin Gavrilovitch, le jeune héros de "La Mouette" de Tchekhov.

 

Baisser de rideau : délaissant le trou du souffleur et l’obscurité rassurante des coulisses, l’auteur doit remiser au vestiaire les costumes fantasmatiques de ses  acteurs en quête d’illusoire survie. Le voilà à présent seul et à découvert dans la lumière, au terme d’une éprouvante intrusion au cœur des ténèbres où vainement et perpétuellement Eros affronte Thanatos. Un grand Roth quoi qu’on en dise, qui dans ses précédents romans ne s’était jamais aventuré aussi loin en ces régions crépusculaires et solitaires de l’âme humaine, où l’homme s’épuise désespérément en un ultime et inutile combat…

 

 ** Le rabaissement de Philip Roth, traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier, Gallimard, 122 p., 13,90 €.

 

 

 

 

 

 

Petit manuel de survie dans une humanité vertigineusement hantée par la chute…

 

 

 

 

 

Jean-Paul Dubois, esprit libre et volontiers rebelle, passionné de rugby et amoureux des Etats-Unis, s’est toujours  montré  hostile aux "accommodements raisonnables" proposés par un monde aseptisé, avide et agressif qui broie l’individu en recherche d’authenticité. Entre gravité, légèreté, rires et larmes il avait ainsi dressé un remarquable portrait de la Ve République dans : "Une vie française "(2004) mettant en scène Paul, son héros désabusé et lucide, incarnation exemplaire de "notre incroyable capacité à composer avec l'inacceptable". Un Paul, véritable « double littéraire » de ses romans, que nous retrouvons ici dans : "Le cas Sneijder", mais un Paul plus désabusé que jamais, envisageant le parcours d’une vie « comme un exercice solitaire, une traversée sans but, un voyage sur une sorte de lac à la fois calme et nauséabond...".

 

Paul, devenu sexagénaire, est le seul rescapé d’une chute vertigineuse d’un ascenseur de Montréal où il dû suivre sa deuxième épouse, Anna, qui s’y est installée pour des raisons professionnelles. Anna, est une femme péremptoire,  revêche et condescendante, avec laquelle il a eu des jumeaux, agrandissant ainsi un cercle de famille dont Anna a exclu délibérément Marie, la fille de Paul et de sa première femme, morte en 2000.

 

Paul sortira miraculeusement vivant de la chute catastrophique d’un ascenseur, dont il  sera l’unique rescapé parmi cinq passagers, dont sa fille Marie, devenue trentenaire et homosexuelle, qu'il venait juste de retrouver. Doté d’une lucidité nouvelle, il prend alors conscience des impasses glaciales et mortifères de sa vie, à l’image du puits noir de l'ascenseur où elle a failli s'achever. S’interrogeant sur sa vie :« Un accident servait aussi à ça. A comprendre l'origine du malheur. A démonter la machine et à la remonter. » il abandonne travail et illusions et considère lucidement sa vie antérieure, lâche et veule, sous l'emprise inique d’Anna. Il se passionne pour les ascenseurs, et leur fonction verticale au sein des grandes villes :  "le miracle mécanique qui a un jour permis aux villes de se  dressersur leurs pattes arrière et de se tenir debout", y décelant  le symbole des vicieuses combinaisons du destin et de la technique, de la contingence et des mathématiques, qui inscrit toute vie dans  la logique la plus forte …celle de la chute.  Désormais en retrait de la vie "normale" et sans emploi, il se fait embaucher comme promeneur de chiens, reprend peu à peu confiance en lui, et entretient une haine réciproque et radicale avec Anna et ses fils, avocats fiscalistes mesquins et cupides, en somme des étrangers : "Juste une aberration spermatique, une fuite intempestive de liquide séminal." 

 

Tristesse et désenchantement, gravité et légèreté, tristesse et humour à tous les étages ! Avec ce roman, écrit en un mois, Jean Paul Dubois, moraliste désabusé conscient de la solitude foncière de l'homme, trouve la justesse de ton pour nous inviter à surmonter nos ­ lâchetés quotidiennes et nos renoncements successifs, un impératif absolu pour résister et survivre dans une humanité vertigineusement hantée par la chute…

 

 

** LE CAS SNEIJDER. Jean-Paul Dubois. Ed. de L'Olivier, 218 p., 18 €.

 

 

 

 

Les temps sont durs pour tous…(et pas seulement pour les sexagénaires !)

 

 

 

 

Auteur d’une trentaine de titres, dont bon nombre d’œuvres majeures, Paul Auster nous revient avec « Sunset Park » et les thèmes qui lui sont chers: doutes, passé, hasards et coïncidences, New York…le base-ball…Comme saisi cette fois d’une froide colère il nous livre ce portrait de l’Amérique d’aujourd’hui, "un pays en train de s’écrouler", sept ans après l’effondrement des Twin Towers et après la crise des subprimes : « un roman du maintenant, dont la trame a pour toile de fond l'actualité telle qu'elle était en train de se dérouler au moment où j'écrivais ». Entre mélancolie et compassion le portrait réaliste d’une génération rejetée et piétinée dans une Amérique crépusculaire, sans jamais renoncer, ni désespérer

 

Sunset Park c’est donc l’histoire d’une famille américaine post 11 Septembre, un livre-portait de deux générations, père et fils, médaillons crépusculaires et passablement désabusés d’une Amérique ultra-libérale, moralisatrice, et égoïste tournant le dos au rêve américain et à sa propre histoire.  Symboliquement ces sept années post 11 Septembre correspondent à sept années de malheur pour le personnage principal du livre, Miles, - mère actrice, père éditeur-,  qui a tué involontairement son demi-frère se sentant depuis responsable de sa mort.  Désemparé, il plaque études universitaires et famille pour bourlinguer à travers l'Amérique entre exil et petits boulots, jusqu’en Floride où il vide les maisons  désertées par leurs habitants victimes de la crise des « subprimes ». Amoureux d’une jeune fille encore mineure et victime d’un chantage Miles rentre à New-York, à Sunset Park, où il retrouve, dans une maison squattée, son ami Bing Nathan, un marginal persuadé que "l'Amérique a fait long feu", mais aussi Ellen, qui demande à la peinture une raison de survivre, et Alice, qui termine un doctorat sur Les Plus Belles Années de notre vie, film de William Wyler, emblématique d’une Amérique brisée par les guerres et la violence.  

 

A mi-livre Paul Auster semble alors délaisser son intrigue principale pour se consacrer à ces squatters en pacifique insurrection contre le monde, dressant ainsi en récits gigognes, le portrait d'une génération avec son langage, ses trajectoires individuelles, ses  systèmes de pensée et ses logiques face à un pays qui les rejette. Las ! La police évacuera le squat laissant chacun plus seul et plus désespéré que jamais et se cherchant de nouvelles raisons de vivre pour ne pas sombrer.

 

En fin d’ouvrage on assiste brièvement aux retrouvailles très attendues de Niles et  son père, occasion pour l’auteur de  prophétiser l'effondrement du vieux monde intellectuel à l’image de la maison d'édition paternelle,  victime prévisible de la crise. Le père supplie son fils de ne pas abdiquer, d'affronter ses démons et de rester debout pour braver la tempête et parce qu’après tout "les blessures sont une partie essentielle de la vie", il l’incite à se réinventer de nouvelles raisons d’y croire pour avancer et ne pas sombrer. L’on n’est plus vraiment dans le « happy end » cher aux américains…Paul Auster, amer et désabusé ne se fait guère plus d’illusions sur le futur…

 

** SUNSET PARK de Paul Auster. Traduit de l'anglais par Pierre Furlan. Ed. Actes Sud, 316 p., 22,80 €.

 

 

 

 

 

 

 

 

Un détonnant cocktail d’un Road movie peu ordinaire…

 

 

 

Nic Pizzolatto, jeune auteur louisianais vient de recevoir, à juste titre, le prix du premier roman étranger pour « Galvestone » , un  Road-movie mélancolique et tragique mettant en scène trois perdants dans l’Amérique des déshérités .

 

   

Jeans,  tee-shirt noirs, blouson et santiags : Roy Cady n'est pas vraiment un enfant de chœur. Il boit et fume trop, au point d’être atteint d’un cancer du poumon. Boire et déboires : exécuteur des basses œuvres d’un proxénète, l’une d’elles tourne mal et  comprenant que son patron veut le piéger, il se retrouve en cavale. A ses côtés, Rocky, une jeune prostituée de  dix-huit ans, une bavarde au physique avantageux qui cherchera à le vamper et Tiffany, sa petite sœur, une gamine de 4 ans. S’ensuit un road-trip échevelé au fil de somptueux paysages ponctués de puits de pétrole, de motels déglingués, et de bars paumés où un juke-box enchaîne de la country, la musique préférée de Roy...Sur une route un panneau les prévient : «L'enfer existe.», ils poursuivent néanmoins jusqu’à un motel miteux de Galveston, Sud Texas. Roy y devient homme à tout faire et s’occupe comme il peut : il fréquente les Alcooliques anonymes, promène sa chienne et se passionne de lecture, bien qu’ayant perdu un œil.

  

 Nous sommes en 1987, on retrouvera Roy, vingt ans plus tard, en 2007,  en ombre fugitive en recherche d’oubli. Un homme s’intéresse à lui et Roy paniqué, comprend qu’il va devoir affronter son passé et desserrer l’étreinte fatale de la  pauvreté, de l’ignorance et de la violence omniprésente qui collent à ses basques.  

 

 Le lecteur sent planer la certitude d’un naufrage imminent dont rien ne sera dit avant les dernières pages. Alternant avec bonheur dialogues et longues descriptions Nic Pizzolatto le surprend sans cesse, alternant habilement passé et présent dans un  roman noir sciemment dépourvu des classiques codes et conventions du genre. Road movie mélancolique et tragique de trois perdants dans l’Amérique des déshérités, Galveston est un cocktail

original et détonnant d’âpre et ordinaire violence, d’humour caustique, de pénétrante psychologie, toujours poétiquement adouci d’une profonde humanité.

 

 

** Galveston. Nic Pizzolatto.Ed. Belfond, 330p., 19€.

 

 

 

 

 

 

HISTOIRE

 

Le roman historique de l’année ?

 

 

 

Éric Marchal, Messin, pharmacien de formation et auteur en 2009 d'un premier roman remarqué, Influenza (autour de la grippe espagnole pendant les deux guerres mondiales), s’est intéressé cette fois aux pionniers de la chirurgie, et à la rivalité féroce opposant médecins et chirurgiens dans un duché de Lorraine qui, entre XVIIe et XVIIIe siècle se remet avec peine de la guerre de Trente Ans et de l'occupation française.

 

Maître chirurgien ambulant Nicolas Déruet opère le gouverneur de Lorraine qui  décèdera finalement, en dépit de ses soins irréprochables. La haine des médecins officiels envers les « valets », les chirurgiens barbiers, va amener le médecin du défunt à mettre gravement en cause Nicolas, bientôt emprisonné à Nancy pour complot contre la France. Contraint de s'exiler dans les armées de la coalition en guerre contre les Turcs, il s’engage comme chirurgien et devient le complice du chirurgien principal des régiments lorrains du duc. De retour à Nancy, Nicolas poursuivra ses activités développera son art à l'hôpital Saint-Charles, et cherchera à retrouver son  honneur.

 

Eric Marchal signe avec ce livre un grand roman d'aventures qui parcourt toute l’Europe de l’époque, un livre d’où l’amour n’est bien sûr pas absent, avec une marquise et une sage-femme qui se disputent le cœur du beau chirurgien. Eblouissante fresque historique, et mine de renseignements sur l’époque, la vie quotidienne, la médecine, le lecteur apprend beaucoup en suivant les tribulations de Nicolas, des campagnes lorraines aux steppes hongroises et jusqu’à Constantinople  entre atrocités des champs de batailles et fastes des palais royaux.

 

Voici, assurément l’un des meilleurs livres historiques depuis « les piliers de la terre » de Ken Follett, on y retrouve le même sens du détail et la même manière, intelligente, d’enchanter une abondante documentation, avec en plus le charme d’une « french touch » chère au lecteur français.  Bref, vous l’aurez compris, si vous recherchez un bon livre historique à offrir à Noel, c’est le livre qu’il vous faut !

 

**Le soleil sous la soie. Éric Marchal. Éd. Anne Carrière, 632 p., 22,50 €.

 



11/11/2011
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